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MessageSujet: But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek   13.06.18 21:49

Elle avait cru mourir d’inquiétude. Les jours s’étaient écoulés, sans aucune nouvelle, sans trace de Derek. Il lui était déjà arrivé de s’isoler pour quelques temps, laissant Emma dans l’angoisse. Mais il finissait toujours par réapparaître deux ou trois jours plus tard. Lorsque ce laps de temps s’était écoulé, elle avait laissé quelques adultes en place pour surveiller les plus jeunes et avait demandé à Ethan de la suivre pour chercher le chef de la Meute. La première expédition qui avait duré la journée entière n’avait mené à rien. Rien ne leur était apparu, pas un signe, rien qui ne pouvait les guider dans une direction afin de savoir où chercher. Les alentours de la Cité étaient vastes, les forêts profondes. Ils étaient rentrés bredouille, ne pouvant rassurer sereinement les membres de leur petite communauté qui s’inquiétaient eux aussi en ne voyant pas apparaître la figure de Derek.
Les jours suivants, Emma avait dû prendre les choses en main au sein du groupe. Toute cette situation était inattendue, mais elle devait faire avec, gérer le groupe, garder son rôle de protectrice rassurante et mener à nouveau des battues. Car plus les jours s’écoulaient et plus le désespoir quant à l’issue de l’avenir de son ami se faisait ressentir. Les forêts étaient gorgées d’enragés et elle craignait le pire : le voir revenir, mais sous une autre forme. Les questions s’accumulaient, chacun prononçait son angoisse quant aux chances de voir Derek revenir parmi eux. La blonde avait décidé de solliciter les plus jeunes, les adolescents cette fois-ci, mettant un adulte débrouillard et combattif à la tête de chacun des petits groupes et d’élargir les zones de recherches. La boule au ventre, elle et les autres rentraient chaque soir sans leur chef.

Elle restait de longues heures au coin du feu, tard le soir, à réfléchir et se demander où il pouvait être. Quel refuge aurait-il pu choisir pour le tenir éloigné si longtemps ? Elle se refusait à se faire une raison : Derek n’était pas mort, rien ne le prouvait. A part son absence qui s’éternisait, et leurs recherches qui ne donnaient rien de nouveau, aucun espoir concret. Emma contemplait longuement tous ceux qui composaient la Meute, se demandant qui pourrait l’épauler lorsqu’il faudrait se rendre à l’évidence. Ethan ne rechignait pas à partir à la recherche du disparu, mais elle sentait qu’il n’y croyait plus et elle craignait de flancher plus rapidement, à force.
Les semaines étaient passées, trois. Certains jours, les battues avaient été proscrites en raison de la météo, qui permettait aux enragés de sortir en pleine journée lorsque le ciel s’obscurcissait par les temps orageux. La frustration les gagnait d’autant plus, l’impression de perdre des occasions, et du temps aussi, n’arrangeait rien.
Peu importe le temps qui s’écoulerait, ce que les autres en penseraient : elle décida que les recherches ne s’arrêteraient pas. Etait-ce sa loyauté sans borne pour celui qui l’avait sauvée un jour, ou toute cette affection à son égard, qui la motivait à ne pas lâcher l’affaire ? Sûrement un peu des deux.
Lors d’une énième sortie, elle avait entendu les sifflements communs à leur Meute, pour signifier qu’ils avaient trouvé quelque chose. Son cœur s’était serré de peur et d’espoir, alors que ses jambes l’entraînaient dans la direction d’où provenait le signal. Outre l’état inquiétant dans lequel il se trouvait, elle ne retint qu’une chose : il était vivant.

Alité depuis quelques jours, elle veillait régulièrement sur lui, dès qu’elle n’était pas réclamée ailleurs. Les enfants venaient gratter à la porte de la chambre où Derek se reposait, la tirant de la pièce pour aller s’occuper de ses louveteaux, qui désiraient obtenir son attention, et des nouvelles du blessé, voulant savoir quand ils pourraient enfin le revoir. Elle leur avait patiemment expliqué que cela prendrait du temps, en profitant pour les sermonner davantage : pas de conflits, pas de promenades sans surveillance, pas de caprices. Elle devait diviser son temps plus qu’à l’accoutumée, organisant le groupe, veillant à ce que tous aillent bien, et passant son temps disponible, et parfois quelques heures de la nuit au chevet de celui qui avait éveillé de sombres angoisses en elle durant des jours entiers. Surveillant la fièvre qui était légère, pansant et nettoyant les blessures qui tardaient à cicatriser, elle le contemplait longuement en cherchant des réponses qu’elle n’avait pas. Peu de doutes subsistaient sur ce qui l’avait mis dans cet état. Mais toutes les questions se portaient sur sa survie. Comment s’en était-il tiré ? Qui avait pris soin de nettoyer et panser avant elle ? Elle aurait voulu qu’il se réveille et lui raconte. Surtout après avoir découvert un bout de papier sur lequel une recette était écrite, accompagné de plantes et graines séchées, la laissant perplexe et pleine d’interrogations.
Un livre entre les mains, elle soupira en s’étirant sur la chaise qui restait plantée à côté du lit. Il était tard dans la nuit, et après s’être assurée que tous ses petits étaient saufs à l’intérieur, elle avait décidé de reprendre son poste de garde auprès de Derek. Son regard perçut du mouvement chez ce dernier et elle s’arrêta tout net, laissant retomber ses bras, s’approchant vivement. Les paupières du survivant s’entrouvrirent, et elle ne put réfréner un sourire de percer sur ses lèvres. Elle glissa alors sa main sur une zone peu endommagée de son avant-bras, le pressant légèrement. « Remis de tes émotions ? » commença-t-elle doucement, voulant opter pour une approche légère mais le ton de sa voix disait le contraire. Elle le contempla longuement, se demandant pour une ixième fois, ce qu’ils seraient tous devenus sans lui. « Plutôt robuste ce cerf ? Tu es allé le traquer jusqu’où ? » poursuivit-elle, se forçant encore à paraître peu inquiète. Puis le naturel revint au galop : « Bon sang, où étais-tu passé Derek ? Tu as disparu pendant trois semaines ! » Le ton était presque accusateur. Bien qu’elle ait été rassurée de le voir revenir, elle lui en avait voulu, un peu, au fond, de les avoir abandonnés comme ça.
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MessageSujet: Re: But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek   14.06.18 17:10

    L’épuisement brûlait chacun de ses membres d’une ardeur infinie. Rien ne subsistait encore à son esprit que la vision tenace de son propre sang qui s’écoulait sur des lèvres écarlates, et le chemin du retour peinait à le guider dans ses pas ; la faiblesse avait creusé ses joues et aminci son corps, retraçant chaque détail des muscles saillants, sous la chair meurtrie de traces violacées. Cette fois, il avait bien failli y passer. La mort ne l’avait jamais autant guetté, soufflant sur sa nuque une brume glacée qui le gelait jusqu’aux os ; où n’était-ce que la pluie, qui dévorait ainsi jusqu’à ses dernières forces ? Les flammes chaudes des torches s’étaient faites aveuglantes, et il avait lutté, pour se redresser seul et ne pas montrer, ainsi, l’étendue de son asthénie ; peine perdue, car l’on avait bien vu comme son derme pâle trahissait l’anémie. Serrant à s’en blanchir les jointures la couverture que l’on avait jeté sur son dos nu, il trouva en les voix qui l’entouraient la volonté de marcher seul, et regagna enfin le chemin désiré du baraquement. L’odeur caractéristique de sauge et de verveine, que l’on faisait brûler dans les feux de la maisonnée pour éloigner les insectes, lui apparut d’un infini plaisir, et son corps, se sachant à l’abri et renâclant soudain, se déroba sous lui.

    L’éveil se fit plus doux que le sommeil. D’atroces ombres encore avaient errés en sa mémoire, l’attirant aux abords d’une folie tapie au creux de ses entrailles. Une nouvelle fièvre l’avait saisi, marquant sa peau de longs frissons glacés. Si les plaies s’étaient refermées, la lutte était intestine et l’esprit refusait d’accepter les jours passés dans la chambre plongée dans l’obscurité. C’eut été un aveu, la confession d’une ahurissante faiblesse qu’il ne pouvait accepter, et qui tirait de la noirceur les plus sombres regrets. Au moins cette fois, le repos était-il réel car l’on était chez soi, baigné par une certaine assurance d’avoir un peu de paix, loin de ces grands yeux pâles et de ces crocs luisants ; aussi se permettait-il de dormir tout son saoul, une fois la fièvre éloignée, bien que cela ne finisse par susciter, comme toujours, un remord tenace envers sa Meute. Il n’avait pas tant le droit, en vérité, de se reposer. Dans une autre vie, peut-être ; il dormirait à l’aube de sa mort, mais trop comptaient sur lui à cette heure, et se soustraire à eux revenait à nier tout ce pourquoi il se battait. Aussi, l’esprit finit-il par forcer à l’éveil, et il ouvrit les yeux, encore à ses tourments.

    La caresse lui fut douce, et il ne tarda pas à reconnaître les traits encore estompés d’Emma. La jeune femme arborait son éternel sourire, mais il sut lire dans son visage le rictus léger d’une inquiétude mordante. L’homme ouvrit un peu mieux les yeux, chassant la torpeur, écoutant la voix douce à laquelle il ne pouvait encore répondre. Il la contemplait en silence, sa respiration plus nette trahissant qu’il cherchait à bien reprendre son souffle. Combien de temps s’était écoulé ? Il se souvenait à peine être rentré, guidé par des voix, la lueur de flammes sous une pluie mordante. Il remarqua que les braises qui craquaient doucement dans la cheminée de la chambre donnaient aux cheveux blonds l’éclat de l’or, et il se perdit un instant dans cette rêverie lointaine ; mais le ton de la voix féminine, le ramena à nouveau sur les iris azur. L’intonation changée, le fit quitter le sommeil et il resta silencieux un temps, avant d’esquisser lentement les gestes pour se redresser, bien que ses os fêlés lui tirent un grondement douloureux. Toujours attentionnée, Emma l’aida et il la remercia d’un regard, avisant alors son torse nu bardé de cicatrices, partiellement recouvert de bandages. Il était nu sous le drap, mais n’en éprouva pas de gêne ; cela faisait longtemps qu’ils avaient dépassé ce stade.

    - Emma…

    Parler lui écorcha la gorge, et il se mit à tousser légèrement, tendant le bras pour attraper un verre d’eau sur la table de chevet. S’en délectant, il finit le verre en un trait, soupirant alors en fermant un instant les yeux, puis reposa le godet, tout à fait réveillé désormais. L’eau froide lui avait déchiré la poitrine, sous ses côtes abîmées, mais il refusa de laisser la douleur l’emporter à nouveau.

    - Combien de temps ais-je dormi ?

    Sa tête vrombissait légèrement alors qu’il tentait de se rassembler, ses pensées se bousculant à présent pour reconstituer l’intégralité des évènements, sans qu’il ne puisse réellement parvenir à se concentrer. Le poids de ses obligations l’attirait davantage vers les siens que ses propres errances ; il avait bien assez pris de repos, et ignorait ce qu’il s’était passé en son absence. Le sentiment amer de les avoir abandonnés jeta à ses lèvres un relent acide, et il attrapa soudain la main de la blonde, ses iris perçants la fixant avec sérieux. Peu importait ce qu’il était advenu de lui, il aurait tout le temps de le lui expliquer ; d’abord, savoir où en était la Meute.

    - Emma, tu as l’air épuisée. Que s’est-il passé ? Tout le monde va bien ?


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MessageSujet: Re: But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek   14.06.18 22:16

Elle avait eu tout son temps pour s’imaginer divers scénarios dans lesquels il avait été entraîné, en le contemplant dans son profond sommeil. Les entailles, en pleine cicatrisation, laissaient imaginer le pire et elle ne savait plus qui remercier pour que les créatures de la nuit n’aient pas réussi à le transformer. Probablement, lui et sa ténacité, sa rage de vivre ? C’était un sentiment de fierté qui gonflait en elle, en pensant à tout cela. Il l’avait acceptée à ses côtés depuis maintenant trois ans, et elle se sentait chanceuse de savoir qu’elle comptait pour lui, et qu’il lui avait fait une place dans sa survie. Il était sa plus précieuse personne à présent. Celui en qui toute sa confiance résidait. Placer sa vie entre ses mains ne lui faisait pas peur, au contraire.
Le voir ainsi alité, l’épuisement ayant creusé ses traits, lui faisait mal au cœur et lui rappelait qu’il n’était pas invincible, finalement, et que son monde pouvait basculer à tout instant. Il avait failli, lorsque l’espoir quant au retour du Derek s’était amenuisé au fil des semaines. Cependant, elle se félicitait intérieurement de n’avoir rien lâché, et d’avoir forcé la poursuite des recherches. Elle ne s’était pas privée de le souligner à quelques membres du groupe qui avaient été parfois réticents à s’épuiser dans les recherches angoissantes, jour et nuit, parfois. Elle rassurait son statut de seconde dans la Meute : elle n’était pas le chef ici, mais lorsque ce dernier avait disparu, elle avait dû endosser ses responsabilités et tenir le groupe soudé, coûte que coûte.

Le voyant s’éveiller, elle fut davantage soulagée. Enfin, il sortait des abysses du sommeil. Elle ne lui laissa pas de répit, rassurée et voulant à tout prix le retrouver, et savoir ce qu’il s’était passé. Toutes ces questions lui trottaient dans la tête et elle eut du mal à les garder toutes pour elle à cet instant. Les réponses viendraient en temps voulu, mais une de ses interrogations traversa ses lèvres malgré elle. Celle qu’elle s’était posée encore et encore, inlassablement. Où était-il allé, où s’était-il trouvé durant tous ces jours passés ? Elle dût accepter un court silence, d’abord. Mais ses yeux dardés sur les siens traduisaient facilement son impatience.
Emma l’aida cependant à se redresser dans sa couche, essayant au mieux de ne pas toucher les zones abîmées, afin de lui épargner des douleurs supplémentaires. Ses souffrances étaient suffisamment lisibles sur son visage, pour qu’il n’ait à se plaindre.
Il finit par enfin ouvrir la bouche, et lorsque son prénom résonna doucement dans la pièce, elle se pinça les lèvres, n’ajoutant rien. Il savait qu’elle était à ses côtés, fidèle au poste. Sa main plissait le drap entre ses doigts, tandis qu’elle l’écoutait poser sa première question sans se décider à répondre à la sienne. « Trois jours. » répondit-elle sans détour, avant d’ajouter simplement sur un ton qui ne laissait pas place aux négociations : « Tu te reposeras autant qu’il le faudra. Nous n’avons pas besoin de la moitié d’un chef. » Elle connaissait suffisamment le bougre pour se douter qu’il essaierait d’être sur pied à tout prix, sans écouter ses besoins personnels, mais seulement pour être présent pour les autres. Elle veillerait donc à ce qu’il soit suffisamment rétabli avant de repartir à la chasse, par exemple. La blonde savait d’ores et déjà que ses premières sorties l’inquiéteraient plus qu’à l’accoutumée, après ce qui lui était arrivé.

Il saisit sa main, et elle répondit par une pression à la sienne, retrouvant ses yeux vert foncé qui lui donnaient le sentiment qu’il pouvait lire en elle avec une facilité déconcertante. Elle ne garda pas son sourire amusé pour elle, sa réflexion traduisant qu’elle devait avoir une mine affreuse. Ces dernières semaines n’avaient vraiment pas été de tout repos. Et le simple fait de le souligner lui donna l’envie de bailler, qu’elle étouffa discrètement en passant une main sur sa bouche. « Ils vont bien. Il n’y a pas eu de rafle depuis la dernière fois. Quelques accrocs avec des fortes têtes de la Bordure et les nôtres, rien de bien méchant. » Le souvenir de la rafle était encore douloureux, le sentiment d’impuissance alors que deux enfants avaient été capturés pour une vie enfermée entre les murs d’une Cité, où leur rôle serait d’abreuver de leur sang les vampires. Une colère sourde grondait toujours en elle, mais elle s’était alors jurée qu’elle redoublerait d’efforts pour mettre ses petits à l’abri. Elle s’en sentait tellement responsable. « Tout le monde t’a cherché, tu sais. On s’est organisé au fil des jours, au mieux. Ethan et Amarok ont été chargés de la chasse pour nous nourrir, en attendant ton retour. J’irai te chercher à manger, d’ailleurs, tu dois mourir de faim. » finit-elle par ajouter, en jetant un coup d’œil sur l’ensemble du corps amaigri et blessé de Derek. Elle hésita presque à se lever tout de suite pour aller lui chercher du ragoût qu’elle aurait fait réchauffer sur le feu dans une marmite dégotée par ici. « Les louveteaux voulaient te rendre visite, je les ai chassés pour qu’ils ne perturbent pas ton sommeil, mais ils ont hâte de te revoir, tu leur manques. » Elle marqua une pause et soupira légèrement en soutenant son regard, serrant davantage sa main dans la sienne. Il lui avait terriblement manqué aussi, elle s’était sentie perdue sans lui pour les guider tous, sans son ami à qui elle pouvait se confier, et qui la comprenait sans qu’elle ait besoin de s’expliquer en détails. « Je suis heureuse de te revoir. »


Dernière édition par Emma Davis le 19.06.18 12:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek   15.06.18 11:38

    Il avait bien conscience qu’être au mieux de sa forme serait plus bénéfique pour les siens qu’un meneur affaibli, encore sous le joug de blessures qui mettraient des semaines à se résorber dans leur intégralité. N’empêche que son absence s’était trop longuement étendue. N’avait-elle pas dit quelque chose comme trois semaines, à son éveil ? L’homme ne la quittait pas du regard, affichant une mine vaguement irritée aux trois jours annoncés. S’il avait confiance en les siens, il savait qu’il n’avait pas droit de faillir ; des forces atténuées suscitaient la rebuffade, et il n’avait pas réussi à bâtir une autorité acerbe pour la voir s’écrouler en quelques semaines. La survie de sa sévérité devait tout à ce qu’il n’avait jamais faibli. Il lui paraissait essentiel, pour l’heure, de montrer aux siens qu’il se portait aussi bien qu’il était possible, mais ni Emma, ni son propre crâne, envahi maintenant de bourdonnements incessants, ne semblaient s’accorder à cette idée.

    L’homme reposa la tête sur l’oreiller, affichant une mine déjà soucieuse alors qu’il songeait à tous les projets en cours qu’il avait trop longtemps laissé de côté. La rénovation de la maison était un point primordial pour leur sécurité. Il pensa d’abord au toit qui s’était écroulé quelques jours avant qu’il ne soit pris par cette… Créature. Le corps de ferme délabré avait beau offrir de confortables dépendances, une pièce commune immense et de multiples ateliers, bien pratiques pour stocker les prises de chasse ou abriter les confections des cuirs, il nécessitait une rénovation complète pour l’adapter aux besoins et aux nécessités de la Meute. Le groupe s’agrandissait. Doucement, les solitaires de passage s’installaient et se trouvaient amenés à être considérés comme des membres à part entière. Les gamins grandissaient plutôt bien, dans les circonstances actuelles, et là sans doute était leur plus grande victoire. Les paroles de la blonde, au sujet des accrocs avec ceux de la Bordure, ramenèrent sur elle le regard de l’homme, et il la fixa avec attention, hochant légèrement la tête en répondant doucement.

    - Bien… Tu as l’air de t’en être parfaitement sortie.

    Il était clair que les dernières semaines avaient dues être des plus usantes pour la blonde. Il scruta les traits délicats, trahissant la fatigue. Lorsqu’elle fit mine de se lever pour aller lui chercher à manger, il resserra légèrement sa prise sur le poignet de la jeune femme, lui indiquant sa préférence pour qu’elle reste avec lui. Où eut-il été, sans elle ? La question s’était mainte fois posées ces dernières années. La sortir du mauvais pas où elle s’était fourrée avec les Enragés, trois ans plus tôt, avait sans doute été plus bénéfique encore pour lui que pour elle. Sa joie de vivre, son éternel sourire avaient peu à peu pris place comme des éléments cruciaux dans sa propre survie. Sans doute n’était-il rien de plus qu’un autre genre de vampire, car il se nourrissait de son éclat, sans même qu’elle ne s’en rende compte, tirant de ses espoirs de quoi alimenter les siens. Il tâchait en échange, lui offrir, à elle et aux louveteaux, une sécurité incertaine, ne s’épargnant pas à la tâche. Au moins payait-il un peu ainsi, pour la lumière qu’elle savait apporter dans son éternelle obscurité.

    Elle seule avait pu le conduire à prendre soin des enfants, d’ailleurs. Ce n’était au fond, que par inquiétude de la voir s’éloigner qu’il avait accepté cette condition délicate, envieux de conserver pour lui cet éclatant soleil. L’abîme avait déjà guetté la symbiose. Plusieurs fois, la question d’un autre genre d’intimité rejaillissait de la caverne du cœur, où Derek l’avait enterré ; mais il devait admettre que cette idée le glaçait autant qu’elle le séduisait. Les souvenirs, les mots, les images le hantaient encore, le tenant là, frappé dans une angoisse absolue, le figeant d’une douleur qui n’avait pas d’égale. Chaque pas en direction de la blonde semblait un de moins accordé à la souvenance de sa femme. Emma le savait. Il n’y avait pas eu besoin d’expliciter pour qu’elle comprenne, et là encore, il devait lui accorder le mérite d’une fidélité qui allait au-delà des plus bas désirs humains. Alors, il fallait au moins se montrer digne de son amitié.

    Les propos lui tirèrent un léger sourire, les rares accordés lui étant presque toujours destinés ; puis, lâchant sa main, il porta la dextre au visage de la jeune femme, et apposa sa paume sur sa joue.

    - Merci.

    Son regard trahissait qu’il était, lui aussi, pris d’une paix sans pareille à recroiser ses yeux doux. Il eut sans doute voulu trouver mieux pour le lui faire comprendre, mais peut-être le savait-elle déjà. Personne, pas une âme humaine ne pouvait prétendre à voir l’homme ainsi pris d’une faiblesse du cœur, et elle avait tant accompli en son absence ; la seule pensée qu’elle fut là à son éveil, le confirmait dans son idée qu’elle avait admirablement tenu la Meute en respect, que le groupe avançait sans lui. Et que l’aide qui lui avait été apportée, lui était entièrement due. Et puis, la chaleur de la joue sous ses doigts lui rappela combien elle était belle. Il sentit vaciller, l’espace d’une seconde, la glace de son âme alors qu’il la contemplait, le regard insistant, trahissant peut-être son émoi de l’instant. L’apaisement suite aux jours de martyrs, le confortait dans l’idée qu’il avait trouvé en elle un écho à une idée de foyer, un refuge où lécher ses plaies, et reconstruire un semblant de bonheur. Peut-être le cœur accepterait-il de quitter son hiver, pour un nouveau printemps. Il lui sourit encore, caressa doucement du pouce les lèvres de la jeune femme, et retira sa main.


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MessageSujet: Re: But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek   16.06.18 20:53

Elle n’avait pas eu le choix. Emma avait fait de son mieux pour entretenir et surveiller leur petite communauté. Derek avait fait en sorte de la bâtir, il comptait sur elle pour que rien ne s’effondre en son absence, même prolongée et inexpliquée, comme celle qui venait d’arriver. L’entendre à ce sujet, lui réchauffa le cœur. Elle voulait qu’il soit fier d’elle et de ce qu’elle avait accompli en l’attendant. La vérité était qu’elle ne se sentait pas prête à endosser ce rôle indéfiniment. Etre femme remettait parfois en cause son statut de Seconde ; elle le savait, mais s’en était davantage rendue compte au fil des jours qui étaient passés. Certains hommes avaient du mal à accepter les directives qu’elle donnait, et par conséquence, elle avait dû s’imposer davantage, s’inspirant de la figure masculine en qui elle avait toute confiance et qu’elle avait suivi partout. La chose n’était pas aisée, mais elle avait pu compter sur Ethan qui, malgré les coups d’éclat entre eux, l’avait soutenue dans ses décisions, quitte à discuter avec elle en aparté s’il n’était pas en total accord avec elle. Le dernier mot lui revenait malgré tout.

Avoir Derek sous les yeux, même affaibli, la rassurait profondément. Elle retrouverait sa place, et lui la sienne. L’équilibre serait rétabli et il en serait bien mieux ainsi. Cela prendrait le temps nécessaire, mais déjà, au cours des trois derniers jours, depuis qu’ils l’avaient retrouvé, on discutait moins ses décisions et l’organisation était plus aisée. Sûrement craignaient-ils le retour du bâton, lorsque leur chef remis sur pied aura été tenu au courant de l’insoumission de certains, mettant en péril le bien être de la Meute, par simple non-reconnaissance d’une autorité féminine. Les malheureux savaient pertinemment, pourtant, qu’Emma n’avait pas gagné sa place grâce à ses beaux yeux auprès de Derek. Ils avaient traversé beaucoup de dangers et d’épreuves alors qu’ils n’étaient que deux, et rapidement la confiance s’était installée de façon naturelle. Les autres s’étaient ajoutés au cours du temps, au fil des déplacements, mais la proximité entre le duo de base était restée la même, ne laissant de place à quiconque pour les déstabiliser. C’était certainement ce qui faisait finalement la force du groupe. C’était également ce que se répétait Emma, lorsqu’elle se sentait flancher vers lui, souhaitant trouver la chaleur de ses bras dans une étreinte interdite. Tout ce qu’ils avaient était trop précieux pour prendre le risque. Elle le savait et finissait toujours par retrouver toute sa lucidité sur la situation, qui ne permettait pas l’évasion des désirs.

Elle chérissait cependant toute l’affection qui les liait tout deux, et le premier sourire qu’il lui offrit ce soir lui réchauffa doucement le cœur, tout comme son simple remerciement qui voulait tant dire. La caresse était douce, et elle laissa glisser son visage contre sa paume, appréciant ce contact rassurant et chaleureux. La blonde n’avait pas été habituée à vivre dans la délicatesse, sa vie chamboulée très tôt. La seule main rassurante lui avait été enlevée trop jeune, et l’être restant, son frère qu’elle s’était jurée de protéger, n’avait pas survécu très longtemps. Emma savourait donc ces rares instants, si précieux à ses yeux, dans son parcours semé d’embuches et de drame. Si son regard se perdit un instant dans la contemplation du visage de Derek, elle fut gênée par la profondeur de ses prunelles qui ne se décrochaient pas des siennes. Les iris azur tournés vers le sol, elle sentit la caresse sur sa bouche, puis la chaleur quitter son minois. Alors seulement, elle se reprit, se redressant sur sa chaise, essayant d’effacer son trouble, et offrit un faible sourire à celui qui l’avait causé. Déplaçant ses yeux jusqu’au foyer qui tempérait la pièce, elle laissa un silence s’installer un court moment, écoutant simplement la respiration de Derek et les légers craquements du bois dans le feu. La bâtisse était paisible, tous devaient être ensommeillés à cette heure-ci et nul cri sauvage extérieur n’osait perturber la quiétude régnante. Elle ne serait de toute façon pas sortie, sachant toute la Meute réunie à l’intérieur, en sécurité.
Sans quitter le feu des yeux, elle sentit sa gorge se nouer durant quelques secondes. Elle s’imagina soudain la situation si Derek n’était jamais rentré ; l’avoir sous les yeux dans cet état rendait toute son imagination bien plus fertile et laissait entrevoir les faibles chances liées à sa survie. « Je ne sais pas ce que j’aurais fait, si tu n’étais jamais rentré. » finit-elle par murmurer presque pour elle-même, absorbée dans sa contemplation. Une petite voix geignarde qui appelait son nom se fit entendre et la fit sortir de ses pensées. Ne souhaitant pas que l’enfant réveille tout le monde, elle fit comprendre à Derek qu’elle revenait et se précipita pour aller voir l’un des petits. Probablement un cauchemar se dit-elle, en le trouvant assis dans son lit, les sanglots prêts à sortir. Elle le rassura, le recouchant et le bordant fermement afin qu’il se sente en sécurité. Après lui avoir soufflé quelques paroles rassurantes et prodigué quelques caresses maternelles, elle le vit repartir dans le pays des songes. Avant de retourner voir Derek, elle en profita pour vérifier la température du ragoût qui était resté dans la marmite, et resta quelques minutes à attendre qu’il devienne tiède une fois le feu ravivé parmi les bûches. Elle prépara un nouveau verre d’eau, puis lorsqu’elle jugea la nourriture suffisamment réchauffée, elle en versa dans un gros bol et retourna auprès de son ami. Fermant la porte derrière elle, elle déposa le tout sur la table de chevet, laissant le verre vide au sol, et évita le regard de Derek dans un premier temps. « Un cauchemar, comme d’habitude. » commenta-t-elle simplement, avant de poser ses yeux sur lui. D’un geste du menton, elle désigna le bol. Il devait reprendre des forces s’il voulait se remettre entièrement de ses blessures qu’elle examinait sans gêne, ne s’amusant pas à les compter tant les stigmates d’un combat acharné étaient nombreux. Certaines marques étaient plus fines, en particulier sur ses bras, elle avait noté cette légère différence dans la taille des cicatrices. « Celle à ta cuisse est la plus terrible je crois. » Elle secoua la tête et croisa ses prunelles. Dans ses yeux, un millier de questions pouvaient être lues, elle en avait bien conscience ; mais elle détestait se répéter et insister, surtout face à lui, qui pouvait se montrer aussi obstinée qu’elle, et peut-être même davantage. Il n’avait pas répondu plus tôt, détournant le sujet, alors elle se tût, attendant qu’il prenne la décision de parler ou non, de ce qui lui était arrivé, ou d’autre chose.
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MessageSujet: Re: But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek   22.06.18 19:07

    C’était une frustration continue et intense, qui lui brûlait le ventre ; mais il savait étouffer les pulsions animales, aussi bien que la douleur, aussi n’en laissait-il jamais rien paraître, jusqu’à oublier même l’existence de ses désirs inavouables. Les enjeux allaient bien au-delà de leurs volontés, désormais qu’ils n’étaient plus seuls. Et si Derek demeurait maître de la Meute, passant de longues nuits à mûrir ses décisions pour les mener avec assurance, il se voyait contraint alors d’exiger de lui-même le meilleur pour les siens. Et le meilleur consistait avant tout à ne pas se laisser distraire, pas même par Emma.

    Le plus douloureux restait peut-être qu’il sentait, savait, son absence d’indifférence à son égard. Sa sincérité troublante rehaussait sa beauté, alors qu’elle fuyait son regard, mais il ne parvint à ressentir de honte à l’idée de l’avoir gêné. Ce jeu-là s’était déjà produit, sans qu’il ne sache y mettre un terme, malgré ses propres remontrances. Il lui sourit légèrement, en retour, et reposa la tête sur l’oreiller pour laisser ses pensées vagabonder, forçant ses yeux à ne plus se poser sur elle.

    Une bûche s’effondra dans l’âtre, provoquant une gerbe d’étincelles et brisant le silence qui régnait. A cette heure, les guetteurs devaient occuper leurs postes, assurant à la Meute une paix relative. Les enfants dormaient sans doute depuis longtemps déjà, Emma se montrant d’une autorité parfois plus efficace que la sienne quand cela concernait les gamins. Il sourit intérieurement à cette pensée, et reposa calmement les yeux sur elle lorsqu’elle rompit l’intervalle. Cette fois, ses iris pâles restèrent braqués dans les siens, et l’homme eut envie de caresser de nouveau son visage, de sentir le derme tiède sous ses doigts. Il avait cœur à lui faire comprendre qu’il avait pensé à elle, à la Meute, privé de tout espoir. Qu’elle sache qu’il ne l’abandonnait pas, qu’il ne capitulerait pas. Comment lui faire savoir, alors, que la façon dont elle tenait à lui, comptait sur lui, avait constitué un moteur dans son échec ? Les mots se refusaient à son esprit, se voulant perplexes et aberrants, inappropriés ; asséchant sa bouche, bouleversant ses idées, et le condamnant à un douloureux silence.

    L’enfant étouffa son désir, et mit un terme à ses tourments. Il eut une fraction de seconde d’irritation, puis, hocha la tête, et la laissa partir. Seul, il se laissa un peu plus aller dans le lit et posa un regard agacé au plafond. Il n’avait plus l’âge de se prêter à de pareils jeux. Ces choses étaient ridicules, et Emma était jeune. Il avait largement dépassé l’espérance de vie moyenne pour un non-enregistré, et s’il avait l’intention de survivre encore quelques années, il ne constituait probablement pas le genre d’homme approprié à son bonheur. Il passa une main dans ses cheveux, soupirant en fermant les paupières, irrité contre lui-même sans en connaître la cause. Lui qui se voulait au-dessus de semblables aspirations, prenait conscience que les dernières semaines passées dans l’angoisse de ne plus revoir les siens l’avaient marqué plus qu’il ne se l’avouait. Derek somnolait à peine lorsqu’elle revint, mais il comprit vite qu’elle fuyait son regard. Il ne s’en offusqua pas, et se redressa pour prendre le bol, la chaleur brûlante assaillant délicieusement sa gorge, l’homme remerciant la blonde d’un signe de la tête. Il jeta un regard à sa cuisse, où se trouvait la plaie la plus profonde, qui bien qu’assez refermée, montrait encore l’intensité du coup porté.

    Il savait qu’elle attendait des réponses, le lisait dans ses yeux. Il prit néanmoins le temps de finir le bol, avalant chaque lampée avec une faim qu’il ne soupçonnait pas. Bien qu’elle ait toujours été à même d’entendre, ou plutôt de comprendre ce qui le tourmentait, il lui fallait détailler l’épisode passé, et il n’était pas sûr d’être déjà à même d’exposer un récit. Son esprit peinait, ou se refusait, à reconstituer les évènements pour en relater les faits. Il termina le repas, reposant le bol sur la table de chevet tandis que ses pensées confuses, soumises à un nouveau stress s’entremêlaient encore ; il finit par reposer les yeux sur la jeune femme. Son visage fin trahissait l’impatience, et il préféra céder.

    - J’étais allé chasser. J’ai abattu un daim, puis j’ai voulu passer la nuit dans l’ancienne ferme du côté de la scierie.

    Il marqua un temps. Elle semblait au bord de l’agacement, et il la fixait avec douceur, comme pour tâcher contenir sa hâte. Le récit pourtant de ces dernières semaines, en plus d’être tortueux, lui apparaissait secondaire. Il n’était pas rare qu’il s’en aille, fréquent qu’il parte ainsi, des jours durant ; le besoin de solitude inscrivait une part substantielle de ses traits de caractère. Non par dépit, ou lassitude ; les autres ne l’ignoraient pas. Mais cette fois-là, son départ brusque s’était ordonné dans une distance inhabituelle, dont elle entrevoyait sans doute la raison. Elle n’avait pourtant pas mérité la froideur de son dernier regard, et il lui semblait, sans trop en connaître la cause, qu’il était essentiel qu’il s’en excuse. Il esquissa un faible sourire.

    - Je suis navré d’être parti de cette façon. J’ai bien cru ne jamais revenir ici.



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But in the middle of the night i worry, it's blurry even without light - derek
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